Charles (1948) — Texte anglais
Part 1
The day my son Laurie started kindergarten he renounced
corduroy overalls with bibs and began wearing blue jeans with a belt; I watched
him go off the first morning with the older girl next door, seeing clearly that
an era of my life was ended, my sweet-voiced nursery school tot replaced by a
long-trousered, swaggering character who forgot to stop at the corner and wave
good-bye to me.He came home the same way, the front door slamming open, his
cap on the floor, and the voice suddenly become raucous shouting, “Isn’t
anybody here?”
At lunch he spoke insolently to his father, spilled his baby
sister’s milk, and remarked that his teacher said we were not to take the name
of the Lord in vain.
“How was school today?” I asked, elaborately casual.
“All right,” he said.
“Did you learn anything?” his father asked.
Laurie regarded his father coldly. “I didn’t learn nothing,”
he said.
“Anything,” I said. “Didn’t learn anything.”
“The teacher spanked a boy, though,” Laurie said, addressing
his bread and butter. “For being fresh,” he added, with his mouth full.
“What did he do?” I asked. “Who was it?”
Laurie thought. “It was Charles,” he said. “He was fresh.
The teacher spanked him and made him stand in a corner. He was awfully fresh.”
“What did he do?” I asked again, but Laurie slid off his
chair, took a cookie, and left, while his father was still saying, “See here,
young man.”
Part 2
The next day Laurie remarked at lunch, as soon as he sat
down, “Well, Charles was bad again today.” He grinned enormously and said,
“Today Charles hit the teacher.”
“Good heavens,” I said, mindful of the Lord’s name, “I
suppose he got spanked again?”
“He sure did,” Laurie said. “Look up,” he said to his
father.
“What?” his father said, looking up.
“Look down,” Laurie said. “Look at my thumb. Gee, you’re
dumb.” He began to laugh insanely.
“Why did Charles hit the teacher?” I asked quickly.
“Because she tried to make him color with red crayons,”
Laurie said. “Charles wanted to color with green crayons, so he hit the teacher
and she spanked him and said nobody play with Charles, but everybody did.”
The third day—it was Wednesday of the first week—Charles
bounced a seesaw on to the head of a little girl and made her bleed, and the
teacher made him stay inside all during recess.
Thursday Charles had to stand in a corner during story time
because he kept pounding his feet on the floor.
Friday, Charles was deprived of blackboard privileges
because he threw chalk.
On Saturday I remarked to my husband, “Do you think
kindergarten is too unsettling for Laurie? All this toughness, and bad grammar,
and this Charles boy sounds like such a bad influence.”
Part 3
My husband came to the door with me that evening as I set
out for the P.T.A. meeting.
“Invite her over for a cup of tea after the meeting,” he
said. “I want to get a look at her.”
“If only she’s there,” I said prayerfully.
“She’ll be there,” my husband said. “I don’t see how they
could hold a P.T.A. meeting without Charles’s mother.”
At the meeting I sat restlessly, scanning each comfortable
matronly face, trying to determine which one hid the secret of Charles. None of
them looked to me haggard enough. No one stood up in the meeting and apologized
for the way her son had been acting. No one mentioned Charles.
After the meeting I identified and sought out Laurie’s
kindergarten teacher. She had a plate with a cup of tea and a piece of
chocolate cake; I had a plate with a cup of tea and a piece of marshmallow
cake. We maneuvered up to one another cautiously and smiled.
“I’ve been so anxious to meet you,” I said. “I’m Laurie’s
mother.”
“We’re all so interested in Laurie,” she said.
“Well, he certainly likes kindergarten,” I said. “He talks
about it all the time.”
“We had a little trouble adjusting, the first week or so,”
she said primly, “but now he’s a fine little helper. With occasional lapses, of
course.”
“Laurie usually adjusts very quickly,” I said. “I suppose
this time it’s Charles’s influence.”
“Charles?”
“Yes,” I said, laughing, “you must have your hands full in
that kindergarten, with Charles.”
Traduction française
Charles (1948) : partie 1
Le jour où mon fils Laurie entra à l’école maternelle, il
renonça à ses salopettes en velours côtelé à bavette et se mit à porter des
jeans bleus avec une ceinture ; je le regardai partir le premier matin avec la
fille plus âgée de nos voisins, comprenant clairement qu’une époque de ma vie
venait de s’achever : mon petit enfant de maternelle à la voix douce avait été
remplacé par un personnage fanfaron en pantalon long, qui oublia de s’arrêter
au coin de la rue pour me faire signe au revoir.
Il rentra de la même manière, ouvrant la porte d’entrée avec
fracas, jetant sa casquette par terre et criant d’une voix soudain devenue
rauque : « Il n’y a personne ici ? »
Au déjeuner, il parla avec insolence à son père, renversa le
lait de sa petite sœur et fit remarquer que sa maîtresse avait dit qu’il ne
fallait pas prononcer le nom du Seigneur en vain.
« Comment s’est passée l’école aujourd’hui ? » demandai-je,
en prenant un air soigneusement désinvolte.
« Bien », répondit-il.
« Tu as appris quelque chose ? » demanda son père.
Laurie regarda froidement son père. « J’ai rien appris »,
dit-il.
« Je n’ai rien appris », corrigeai-je.
« La maîtresse a donné une fessée à un garçon, par contre »,
dit Laurie en s’adressant à sa tartine. « Parce qu’il était insolent »,
ajouta-t-il la bouche pleine.
« Qu’est-ce qu’il a fait ? » demandai-je. « Qui était-ce ? »
Laurie réfléchit. « C’était Charles », dit-il. « Il était
insolent. La maîtresse lui a donné une fessée et l’a mis au coin. Il était
vraiment très insolent. »
« Qu’est-ce qu’il a fait ? » demandai-je de nouveau, mais
Laurie se laissa glisser de sa chaise, prit un biscuit et partit, tandis que
son père disait encore : « Écoute-moi bien, jeune homme. »
Charles (1948) : partie 2
Le lendemain, dès qu’il se fut assis pour déjeuner, Laurie
déclara : « Eh bien, Charles s’est encore mal conduit aujourd’hui. » Il afficha
un immense sourire et ajouta : « Aujourd’hui, Charles a frappé la maîtresse. »
« Mon Dieu », dis-je, consciente qu’il ne fallait pas
prononcer le nom du Seigneur en vain, « j’imagine qu’il a encore reçu une
fessée ? »
« Bien sûr », répondit Laurie. « Regarde en l’air », dit-il
à son père.
« Quoi ? » demanda son père en levant les yeux.
« Regarde en bas », dit Laurie. « Regarde mon pouce. Pff,
qu’est-ce que tu es bête. » Il se mit à rire comme un fou.
« Pourquoi Charles a-t-il frappé la maîtresse ? »
demandai-je rapidement.
« Parce qu’elle voulait l’obliger à colorier avec des
crayons rouges », répondit Laurie. « Charles voulait colorier avec des crayons
verts, alors il a frappé la maîtresse. Elle lui a donné une fessée et a dit que
personne ne devait jouer avec Charles, mais tout le monde l’a fait. »
Le troisième jour — c’était le mercredi de la première
semaine — Charles fit basculer une balançoire à bascule sur la tête d’une
petite fille et la fit saigner ; la maîtresse le garda à l’intérieur pendant
toute la récréation.
Le jeudi, Charles dut rester au coin pendant l’heure de
l’histoire parce qu’il n’arrêtait pas de taper des pieds sur le sol.
Le vendredi, Charles fut privé du droit d’utiliser le
tableau parce qu’il avait lancé de la craie.
Le samedi, je dis à mon mari : « Penses-tu que l’école
maternelle soit trop perturbante pour Laurie ? Toute cette brutalité, cette
mauvaise grammaire… et ce garçon, Charles, semble avoir une très mauvaise
influence. »
« Tout ira bien », répondit mon mari d’un ton rassurant. «
Il y aura toujours des gens comme Charles dans le monde. Autant les rencontrer
maintenant que plus tard. »
Charles (1948) : partie 3
Ce soir-là, mon mari m’accompagna jusqu’à la porte alors que
je partais pour la réunion de l’association des parents d’élèves.
« Invite-la à venir prendre une tasse de thé après la
réunion », dit-il. « Je veux voir à quoi elle ressemble. »
« Si seulement elle est là », dis-je avec ferveur.
« Elle sera là », répondit mon mari. « Je ne vois pas
comment ils pourraient organiser une réunion de parents d’élèves sans la mère
de Charles. »
Pendant la réunion, je restai assise, agitée, examinant
chacun de ces visages maternels et paisibles pour essayer de deviner lequel
cachait le secret de Charles. Aucun ne me parut assez épuisé. Personne ne se
leva pour présenter ses excuses à cause du comportement de son fils. Personne
ne mentionna Charles.
Après la réunion, je reconnus la maîtresse de maternelle de
Laurie et allai la trouver. Elle tenait une assiette avec une tasse de thé et
une part de gâteau au chocolat ; j’avais une assiette avec une tasse de thé et
une part de gâteau à la guimauve. Nous nous approchâmes prudemment l’une de
l’autre et sourîmes.
« J’avais tellement hâte de vous rencontrer », dis-je. « Je
suis la mère de Laurie. »
« Nous nous intéressons tous beaucoup à Laurie »,
répondit-elle.
« Eh bien, il aime certainement l’école maternelle »,
dis-je. « Il en parle tout le temps. »
« Il a eu un peu de mal à s’adapter pendant la première
semaine environ », dit-elle d’un ton guindé, « mais maintenant, c’est un
excellent petit assistant. Avec quelques écarts de conduite de temps à autre,
bien sûr. »
« Laurie s’adapte généralement très vite », dis-je. « Je
suppose que, cette fois, c’est à cause de l’influence de Charles. »
« Charles ? »
« Oui », dis-je en riant, « vous devez avoir fort à faire
dans cette classe avec Charles. »
« Charles ? » répéta-t-elle. « Nous n’avons aucun Charles
dans cette classe de maternelle. »
Vocabulaire
Partie 1
·
overalls :
salopette
·
bib : bavoir
·
tot : enfant
·
to swagger :
marcher d’une allure arrogante
·
raucous :
bruyant, rauque
·
casual :
désinvolte
·
fresh :
insolent
·
to slide off :
glisser
Partie 2
·
to grin :
avoir un grand sourire
·
mindful :
conscient, attentif
·
a seesaw :
balançoire à bascule
·
recess :
récréation
·
to pound :
marteler, frapper
·
deprived :
privé, interdit
·
unsettling :
perturbant
·
toughness :
dureté, brutalité
Partie 3
·
to hold :
organiser
·
scanning :
observant, examinant
·
haggard :
fatigué, épuisé
·
to seek out :
aller voir, rechercher
·
primly : d’une
manière guindée, précieuse
·
trouble :
problème, difficulté
·
little helper
: petit assistant















