CHAPITRE 5 — ANXIÉTÉ
L’anxiété est un système d’alarme. Très utile quand on
croise un ours. Beaucoup moins quand on reçoit un mail intitulé “On peut se
parler ?”.
L’anxiété, c’est le cerveau qui dit : « Danger ! » … même
quand le danger est juste un formulaire administratif.
Chez Émilie : l’anxiété relationnelle
Émilie a un radar social intégré. Il détecte tout : les
micro‑expressions, les silences, les intonations, les virgules mal placées.
Elle vit dans un monde où chaque interaction peut être
interprétée comme un examen. Et elle veut obtenir 20/20.
Chez Michel : l’anxiété de performance
Michel n’a pas peur des autres. Il a peur de ne pas être
à la hauteur.
Il fonctionne comme un chef d’orchestre qui dirige 12
instruments en même temps… sauf qu’il est tout seul dans la fosse.
Son anxiété est discrète, élégante, presque professionnelle.
Mais elle le ronge.
Chez Lucien : l’anxiété globale
Lucien est anxieux de tout : le bruit, les transitions, les
consignes, les autres enfants, la cantine, les devoirs, les surprises, les
jours pairs, les jours impairs…
Son cerveau est en mode “alerte permanente”. Il n’a pas
encore appris à distinguer un vrai danger d’un simple changement de salle.
Ce qu’il faut retenir
- L’anxiété
n’est pas un bug : c’est un système d’alerte trop sensible.
- Elle
varie selon l’histoire, les schémas, l’âge et le contexte.
- Elle
se traite par la sécurité, la prévisibilité, la psychoéducation,
et parfois par le simple fait de dire : « Oui, c’est normal que ce soit
difficile. »
Guide rapide — points à considérer avant d’appliquer un
plan
- Quel
est l’objectif prioritaire ? (Sécurisation, réduction des crises,
amélioration du sommeil, réintégration sociale).
- Quel
est le niveau de ressources familiales et scolaires ? (Capacité
d’appliquer les stratégies).
- Quel
est le degré d’urgence clinique ? (Risque suicidaire, auto‑agressivité,
décompensation). Décision‑point : commencer par interventions à fort
effet/faible coût (routines, sommeil, guidance parentale) puis ajouter
thérapies enfants/adultes et, si nécessaire, pharmacologie.
Modalités détaillées par patient
Lucien (7 ans) — priorités : sécurité, routines,
remédiation FE, soutien parental
- Parent
Management Training (PMT) / PCIT : formation parentale sur
renforcement positif, consignes courtes, gestion des crises en temps réel
; inclure sessions parent‑enfant pour coaching in vivo.
- Entraînement
aux compétences de régulation émotionnelle adapté à l’âge : techniques
de respiration, signal visuel de pause, jeux de remédiation exécutive
(mémoire de travail, inhibition).
- Hygiène
du sommeil : rituels fixes, coucher progressif, limiter stimulations
avant le coucher.
- Adaptations
scolaires : consignes simplifiées, pauses sensorielles, plan de
transition visuelle.
- Renforcement
positif systématique et plan de récompense court terme.
- Pharmacologie
: envisager uniquement si comorbidité sévère (TDAH/anxiété invalidante) et
après bilan pédiatrique.
Modalités thérapeutiques détaillées (pratique)
1. Structure et composantes (PMT)
- Psychoéducation
sur fonction du comportement.
- Techniques
: renforcement positif, ignore sélectif, consignes courtes, time‑in/time‑out
structurés.
- Format
: 1 séance/sem ou bi‑hebdo, travail à domicile (exercices quotidiens).
- Mesures
: échelles parentales de comportement, journal des incidents.
2. Structure et composantes (PCIT)
- Phase
CDI (Child‑Directed Interaction) : renforcer relation parent‑enfant,
compétences d’écoute.
- Phase
PDI (Parent‑Directed Interaction) : consignes, limites, discipline
cohérente.
- Coaching
in vivo : thérapeute observe via oreillette et guide le parent en
temps réel.
- Avantage
: apprentissage immédiat et correction en situation réelle → effets plus
rapides chez jeunes enfants.
3. Mise en œuvre pratique
- Évaluation
initiale : sévérité, comorbidités, motivation parentale.
- Fidélité
: suivre protocole standardisé (manuels PMT/PCIT) pour maximiser effet.
- Travail
à domicile : exercices quotidiens courts (5–15 min) ; tableau de
renforcement.
- Coordination
scolaire : informer enseignants, plan de renforcement cohérent.
4. Mesure d’efficacité et suivi
- Indicateurs
: fréquence des crises, durée, score parental de stress, compétences
sociales de l’enfant.
- Réévaluation
: à 8–12 semaines ; si amélioration insuffisante, vérifier adhérence,
intensifier coaching, envisager bilan neurodéveloppemental.
Risques, limites et recommandations
- Limite
principale : nécessite engagement parental soutenu ; sans adhérence,
effet réduit.
- Risque
: mauvaise application des techniques (punitions inappropriées) →
supervision nécessaire.
- Recommandation
: privilégier PCIT pour enfants très jeunes et PMT pour familles où
coaching in vivo est moins accessible ; combiner avec interventions
scolaires et, si besoin, prise en charge médicale.
Points clés à retenir : PMT et PCIT sont des
traitements fondés sur des preuves pour les troubles comportementaux infantiles
; la réussite dépend fortement de la formation parentale, de la fidélité au
protocole et de la coordination systémique
Émilie (46 ans) — priorités : réduire rumination,
restaurer FE, diminuer charge
- Thérapie
cognitivo‑comportementale centrée sur ER : restructuration cognitive
pour croyances d’abnégation, exposition interpersonnelle graduée,
entraînement à la tolérance à l’erreur.
- Travail
sur fonctions exécutives : planification réaliste, micro‑routines,
externalisation (checklists, rappels).
- Réduction
de la charge : négociation de délégation, limites claires, pauses
obligatoires.
- Groupes
psychoéducatifs / skills training pour apprendre stratégies
d’autorégulation.
Michel (54 ans) — priorités : assouplir contrôle,
restaurer récupération
- Approche
intégrative : thérapie focalisée sur rigidité (exercices de
flexibilité comportementale), techniques de relaxation et sommeil.
- DBT‑informed
skills pour tolérance à la détresse et régulation émotionnelle ;
travail sur délégation et limites professionnelles.
- Coaching
organisationnel : révision des priorités, délégation progressive, plan
de récupération active.
Risques, limites et points pratiques
- Risque
d’échec d’adhérence si la famille/système n’est pas engagé ; prioriser
PMT/formation des aidants.
- Limitation
: interventions scolaires nécessitent coordination avec l’établissement
(plan d’accompagnement).