CHAPITRE 6 — PERFECTIONNISME
Le perfectionnisme est une stratégie brillante… jusqu’au
jour où elle devient un piège.
C’est comme vouloir ranger son bureau avant de travailler :
une bonne idée, sauf quand on passe trois heures à aligner les stylos.
Chez Émilie : le perfectionnisme d’approbation
Émilie veut bien faire. Très bien faire. Trop bien faire.
Elle pense que si elle fait parfaitement, elle sera aimée.
Et si elle fait moins que parfaitement, elle décevra.
C’est un perfectionnisme affectif.
Chez Michel : le perfectionnisme de contrôle
Michel veut que tout soit carré. Pas pour être aimé. Pour
éviter le chaos.
Son perfectionnisme est une stratégie de survie : « Si je
contrôle tout, rien ne dérape. »
C’est un perfectionnisme fonctionnel, mais coûteux.
Chez Lucien : le perfectionnisme anxieux
Lucien veut réussir. Mais il a peur d’échouer. Et comme il a
peur d’échouer, il évite. Et comme il évite, il échoue. Et comme il échoue, il
a encore plus peur.
Le cercle vicieux classique.
Ce qu’il faut retenir
- Le
perfectionnisme n’est pas une qualité.
- C’est
une armure.
- Elle
protège… mais elle pèse lourd.
- Le
traitement passe par la tolérance à l’erreur, la flexibilité,
et parfois par le fait de faire exprès quelque chose “à 80 %” (ce qui,
pour un perfectionniste, est déjà un acte héroïque).
Les modalités thérapeutiques du perfectionnisme
Guide rapide — points à considérer avant d’appliquer un plan
- Objectif
prioritaire : réduire l’évitement/perte de fonction liée au
perfectionnisme (sécurisation, reprise d’activité).
- Ressources
: disponibilité familiale, soutien scolaire, temps thérapeutique.
- Urgence
clinique : si retrait, dépression ou phobie scolaire → prioriser
interventions rapides et coordination école‑famille. Décision‑point :
commencer par actions à fort effet / faible coût (expériences
comportementales, tâches “à 80 %”, routines) puis ajouter TCC/DBT et
coaching.
Pistes concrètes par patient (modalités, étapes, outils)
Émilie — Perfectionnisme d’approbation
Objectifs : réduire l’auto‑critique; augmenter tolérance à
l’erreur. Plan (12–16 séances) :
- Bilan
cognitif (identification des règles “si je ne suis pas parfaite, je ne
suis pas aimable”).
- Expériences
comportementales graduées : tâches volontairement “à 80 %” avec journal
d’observations.
- Restructuration
cognitive : remettre en question preuves et conséquences catastrophiques.
- Entraînement
ER : techniques de pleine conscience, pause avant réponse, cohérence
cardiaque.
- Travail
sur FE : micro‑routines, externalisation (checklists, minuteurs).
- Groupe
psychoéducatif pour normaliser l’erreur et partager stratégies. Mesures :
échelle de perfectionnisme, journal hebdo de rumination.
Michel — Perfectionnisme de contrôle
Objectifs : assouplir le contrôle sans perte de performance;
restaurer récupération. Plan (coaching + thérapie) :
- Audit
des tâches et priorisation (coaching 6–12 semaines).
- Exercices
d’exposition comportementale à la délégation (déléguer une tâche simple,
évaluer impact).
- DBT‑informed
skills : tolérance à la détresse, mindfulness pour réduire rumination.
- Routines
de récupération : pauses programmées, sommeil, activité physique.
Indicateurs : % tâches déléguées, score de rigidité, qualité du sommeil.
Lucien — Perfectionnisme anxieux (7 ans)
Objectifs : diminuer évitement, augmenter essais et
tolérance à l’erreur. Plan (familial + scolaire) :
- PMT
/ coaching parental : consignes courtes, renforcement immédiat, “time‑in”
pour apaisement.
- Expériences
ludiques : jeux où l’erreur est valorisée (jeux de construction avec
règles “imparfaites”).
- Contrat
scolaire : objectifs très courts, feedback positif, pauses sensorielles.
- Rituel
de réussite : tableau visuel, jetons, récompenses immédiates. Suivi :
fréquence d’évitement, participation en classe, échelle d’anxiété enfant.
Risques, limites et surveillance
- Risque
d’échec d’adhérence si l’entourage n’est pas formé → prioriser
PMT/formation.
- Limite
: interventions scolaires requièrent coordination et engagement
enseignant.
- Surveillance
: réévaluer à 8–12 semaines ; si pas d’amélioration, bilan comorbide
(TDAH, dépression) et avis pharmacologique pédiatrique/psychiatrique.
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